21 novembre 2009

Le retour des connaissances à la CSDM

Le balancier commence à bouger de l'autre côté. Prévisible.

Ainsi, Radio-Canada a appris que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) veut «revenir à une mùnière «plus traditionnelle d'enseigner et d'évaluer le français. (...) Ils (les direction et les enseignants) envisagent de redonner plus de place à l'acquisition des connaissances, par opposition à l'apprentissage des compétences.»

Pour le lecteur moyen, je tiens à rappeler comment la réforme a été vécue dans mon école. «On» nous a tout d'abord expliqué aux enseignants que l'enseignement magistral était dépassé, que l'évaluation des connaissances de façon décontextualisée (des examens avec du par coeur et exercices) était antipédagogique et que je n'avais pas à coeur mes élèves parce que je faisais des dictées au lieu de faire des projets. Qui est ce «on» dont je parle? Des conseillers pédagogiques et des décideurs scolaires qui ont suivi des formations sur la réforme afin de pouvoir l'implanter dans mon milieu.

Pour ce faire, «on» s'est assuré de me couper tous les moyens de mantenir mon enseignement. «On» a aboli les sessesions d'examens pour s'assurer que je n'évaluerai que des projets, «on» a foutu à la casse les lecteurs optiques pour m'empêcher de tenir des examens à choix de réponse, «on» a modifié les logiciels d'entrée des notes pour m'empêcher de faire une note à partir de multiples évaluations, «on» m'a imposé des échelles de compétences en évaluation pour baliser les résultats que je donnais aux élèves. Et, après, «on» m'a affirmé sans rire que la réforme me donnait plus de liberté dans mon évaluation ainsi que dans mon enseignement et que, si j'étais vraiment un professionnel je saurais en profiter!

J'ai donc lutté, écrit, parlé, dénoncé ces dérives. À l'école et en classe, j'ai dû travaillé plus fort contre ce système pour maintenir un enseignement auquel je croyais et qui fonctionne. Cet enseignement est simple: les connaissances précèdent les compétences. Et avant de vouloir apprendre à un élève à développer certaines compétences, on doit tout d'abord s'assurer qu'il possèdent de solides connaissances. Je ne dis pas que le système qui précèdait celui qu'on m'a imposé était meilleur; il n'était pas mieux pas pire pour bien des raisons.

J'enseigne le français depuis 16 ans. J'enseigne des compétences depuis 16 ans: savoir écrire, savoir lire, savoir parler et savoir écouter. Le programme de français est tout ce qu'il y a de plus réforme en ce qui concerne les évaluations finales. Pendant 15 ans, en cinquième secondaire, j'ai travaillé avec des élèves souvent très faibles en écriture et je les ai amenés à mieux maitriser ce mode de communication.

Au-delà des excellents résultats de ceux-ci aux différents examens ministériels, j'ai surtout vu qu'ils commençaient à comprendre les mécanismes de la langue française et à apprendre par eux-mêmes. Ce qui manquait à ces jeunes? Des bases, des bases solides sur lesquelles construire. Connaitre les classes et les rôles des mots, par exemple. Et des méthodes: méthode pour étudier, méthode pour écrire, méthode pour corriger... Comment peut-on écrire correctement un texte quand on s'imagine que le nom «pied» est un verbe parce qu'il se termine par le son «é»?

L'utilme compliment m'est d'ailleurs venu cette semaine quand ma collègue de deuxième secondaire, qui n'est pas reconnue pour sa complaisance et qui a accueilli mes élèves de l'an dernier, m'a dit: «Je ne sais pas si c'est un hasard, si c'est que tu as fait à tes élèves, mais ils sont bien plus forts qu'à l'habitude.»

Pendant les années ou on a voulu me réformer, ce qui m'a étonné dans mes formation, c'est à quel point j'étais «réforme» dans mes évaluations finales en écriture, à quel point j'étais «réforme» dans les méthodes et moyens que je donnais à mes jeunes.

Récemment, j'ai suivi une formation sur le profil du scripteur. Des conseillers pédagogiques, des profs qui expérimentent depuis trois ans un nouveau projet pour améliorer les capacités d'écriture des jeunes. Tout au long de cet atelier, j'ai regardé une collègue. Dans nos yeux, une seule phrase: «Mais on fait déjà cela depuis dix ans dans nos classes!»

Voilà qu'on ramène maintenant véritablement l'enseignement des connaissances dans les écoles. Bravo! Mais ce ne doit pas être que cela. Les connaissances ne s'opposent pas aux compétences; elles les précèdent. Et la réforme, par son enseignement par projet par exemple, a souvent fait table rase de cette idée.

19 novembre 2009

Les nouvelles ruptures amoureuses

Bon, un peu de nouvelles de moi.

Je suis tombé amoureux cet été. Du moins, je me le suis avoué pleinement pour la première fois depuis une grosse et douloureuse rupture survenue il y a longtemps de cela. Vous vous rappelez peut-être, cette fois ou la copine avec qui j'ai partagé sept années de vie m'a plaqué au téléphone un dimanche matin?

Je suis tombé amoureux cet été, donc. Cela a duré presque trois mois. J'ai appris plusieurs choses de cette expérience.
- que je pouvais retomber amoureux;
- que la vie continuait après une rupture;
- que je pouvais cuisiner seul (vive les courgettes etl'huile d'olive!);
- que les lampes solaires extérieures renfermaient une pile rechargeable;
- que les gens ne sont pas nécessairement serrés dans leur budget, mais qu'ils établissent souvent des priorités financières qui font qu'ils n'ont pas d'argent à dépenser pour les mêmes choses que moi;
- que sexualité et amour sont indisociables;
- que, malgré une rupture, je sais encore reconnaitre ce que l'autre a de bon et de beau.

Malheureusement, j'ai encore appris à quel point - étrange paradoxe - certains sont individualistes en amour. Et si la façon dont ils nous aiment nous amène à rechercher leur compagnie, la façon dont ils romprent nous montre à quel point on fait bien de s'éloigner d'eux.

Je vous raconte: j'ai été flushé par Internet. Remarquez, il y a une certaine logique: j'ai connu la personne en question par Internet...

Mais ce qui m'interpelle, c'est la façon dont on ne sait plus rompre de nos jours. On évite, on emploie des moyens détournés. Et celle à qui j'avais donné une clé de chez moi me la renverra par la poste. Les objets qu'elle laisse chez moi, elle me demande d'en disposer à ma guise. Moyennement ordinaire. Pour ne pas dire plus.

Mais à quoi s'attendre d'autre quand on vit dans un monde ou on a peur d'affronter, de confronter, de voir et de se voir? La facilité. L'échappatoire. La fuite. Impossible de grandir émotivement en agissant de la sorte.

J'ai eu mes torts. Elle a eu les siens. Mais cette façon de rompre la révèle entièrement.

Life goes on!

Un dernier point: cet épisode amoureux n'aurait jamais été possible si je n'avais pas côtoyé auparavant une femme pendant d'agréables mois, une femme qui a su me redonner confiance et en moi comme homme et en la vie comme être humain. Tous les deux, nous ne savions plus ce qu'était l'amour. Nous l'avons réappris ensemble sans le reconnaitre. Nous sommes aujourd'hui de bons amis et son plus grand regret a été de n'avoir jamais eu le titre de madame Masquée.

Aussi, je me permets aujourd'hui de lui donner le titre d'Ex masquée (titre qu'elle m'a demandé à de nombreuses reprises!).

Et pour ceux qui voudraient savoir de qui il s'agit, potin ultime, c'est La Peste.

18 novembre 2009

La nouvelle orthographe

Branle-bas de combat au Journal de Montréal! On fait la une avec une nouvelle à l'effet que le MELS accepte maintenant la nouvelle orthographe dans la correction des examens de fin d'année en cinquième secondaire et que, conséquemment, il demande aux enseignants d'en tenir compte quant aux élèves qui utiliseraient celle-ci en classe (ici et ici). Même qu'on utilise trompeusement l'adjectif exclusif pour parler de cette information.

De mémoire, vous avez appris cette nouvelle ici en primeur sur le blogue du Prof masqué il y a un sacré bout de temps. Même Jean-Luc Mongrain en a parlé en octobre dernier... Il faudrait peut-être inviter nos amis du JdeM à aller voir la définition du mot exclusif au dictionnaire.

Alors, continuons dans le déterrage de scoops antiques pour vous dire qu'en fait, le MELS accepte la nouvelle orthographe dans les examens de fin d'année de cinquième secondaire depuis au moins deux ans. Il n'avait d'ailleurs pas vraiment le choix puisque des ouvrages de référence reconnus intégraient les nouvelles graphies. Le ministère suit le courant, simplement. Alors, le JdeM est franchement dans l'erreur quand il écrit: «À compter de juin 2010, les élèves qui écriront «renouvèlement», «ognon», «bruler» ou «iglou» dans les examens du Ministère ne seront plus pénalisés.»

Quant aux textes du Journal de Montréal, précisons un point important, quant à moi.

«En tolérant la nouvelle orthographe dans les examens de fin d'année, le ministère de l'Éducation pourrait se trouver à faire réussir des élèves qui n'écrivent pas comme cela leur a été enseigné», affirme le JdeM. Relativisons un peu. La nouvelle orthographe touchera un ou deux mots au maximum dans un texte à l'examen final. Il n'y a pas de quoi à fouetter un chat quand on sait que les élèves qui échouent le critère langue le font avec un nombre de fautes beaucoup plus considérable et que ce sont généralement des fautes d'accord et non d'orthographe.

Finalement, ne capotons pas trop avec la nouvelle orthographe. Pour l'enseigner dans nos classes, il nous faudrait avoir des dictionnaires récents. Or, pour l'instant, dans certains cas, certains datent des années 1980.

15 novembre 2009

Rencontre des parents: un ti-truc de prof masqué

La première rencontre de parents s'en vient et je voudrais partager avec vous un truc génial qui vient d'un collègue génial afin d'économiser un peu de salive et de mots.

Il s'agit simplement de produire un document d'une page sur lequel vous résumer les évaluations de votre étape et indiquer ce qui s'en vient pour la deuxième. Vous en laissez une pile dans la classe ou vous accueillez les parents et le tour est joué. Ceux-ci prennent connaissance d'une foule d'informations que vous n'aurez pas à répéter par la suite et ils trouvent l'attente moins longue puis qu'ils sont occupés.

Je fais ce truc depuis un an et c'est tràs aidant, comme disent nos conseillers pédagogiques. J'y indique également les connaissances vues durant l'étape, les difficultés générales rencontrées par les élèves, les moments ou j'offre de la récupération, quelques conseils aux parents pour aider leur jeunes, etc. Mais le tout est de tenir en une page recto-verso et d'utiliser un vocabulaire simple.

Essayez. Je vous le dis. Votre vie en sera changée.

12 novembre 2009

La réforme au quotidien...

J'enseigne en première secondaire. Aujour'hui, c'était la remise des notes pour le bulletin de la première étape. Il me fallait donc attribuer un résultat à chaque élève quant à deux compétences.

Avec la réforme, l'enseignant doit porter un jugement global. Celui-ci ne doit pas être un simple cumul de notes et de travaux.

Mise en situation: Vous avez évalué cinq ou six travaux. Vous les regardez, vous pensez à votre élève et vous émettez un jugement. C'est assez simple.

Et question de s'assurer que les enseignants ne fassent pas un cumul des notes, le sévice informatique de ma CS a retiré cette année la possibilité, dans le logiciel de notes, de calculer un résultat sur 100 à partir de plusieurs travaux.

Peu importe, que vos évaluations soient graduées et suivent une progression logique. Peu importe que vous les ayez ordonnées et conçues de façon à refléter la valeur de l'élève. Bref, vous êtes assez professionnel pour émettre un jugement sur un élève, mais pas assez organiser votre évaluation.

Résultat: certains collègues entrent les travaux sur un tableau Excel, calculent le résultat sur 100 et mettent une note au bulletin. À un adjoint, je disais à quel point cette situation était frustrante et hypocrite. À la blague, je lui ai dit que je ferais une moyenne des travaux au pif et la mettrais comme note à l'élève. «En autant qu'il y ait une note, tu sais...», m'a-t-il répondu, mi-blagueur.

Ouins, en autant qu'il y a des notes, on se fout de ce que les élèves apprennent.

10 novembre 2009

Journal de l'année de la Peste - jour 9: un peu de littérature

Sur le front scolaire, rien de nouveau. À part le fait que tous les élèves malades de la grippe sont revenus, les vrais comme les faux.

Le plaisir est davantage dans l'actualité et dans la littérature.

Il y a tout d'abord Jean de Lafontaine qui revient dans l'actualité avec sa fable Les animaux malades de peste. Il suffit de penser à tous ces membres de conseil d'administration des hôpitaux, ces donateurs généreux qui ont pu se faire vacciner alors que ce n'était pas à leur tour.

Ce matin, c'est le sympathique Claude Dubois qui a doublé la ligne d'attente pour recevoir sa dose (désolé, mais cette vacherie, il la mérite). M. Dubois a tenté de couvrir sa conduite en mentant de façon éhontée en prétextant qu'il avait déjà un rendez-vous pour un vaccin relié à un voyage. Or, on ne donne pas ce type de vaccin à l'établissement ou il s'est présenté.

Comme un million de gens, mon Claude? Désolé, mais un trou du cul demeure un trou du cul.

07 novembre 2009

L'amour au temps du choléra

Je m'excuse pour le titre: j'ai des lettres malgré moi (et même des mots...). Donc, toujours est-il: l'amour de votre vie se met à tousser. Rien de grave. Sauf qu'on ne peut jurer de rien (encore un titre!) en ces temps incertains.

Faque, que faites-vous?
- vous le mettez en quarantaine?
- vous le frenchez pour lui donner vos anticorps?
- rien, les toussotements font partie de votre vie de couple.

En passant, j'ai décidé de faire un sondage A-H1N1. Si vous avez la piqûre.

06 novembre 2009

Journal de l'année de la Peste - jour 5: à la maison!

Ça y est: je suis contaminé! Je suis atteint. Je souffre...

Grosse toux grasse. La tête dans un aquarium. Je n'entends rien. J'ai de la difficulté à respirer. Mais pas de fièvre. Donc, ce n'est qu'un rhume d'homme. Mais un vrai.

Et il y a de la correction qui m'attend sur mon bureau. Ça me tente, c'est incroyable.

Des volontaires pour m'aider?

04 novembre 2009

Journal de l'année de la Peste - jour 3: relève ta manche!

On a appris aujourd'hui que les services de la santé de ma région offriront aux jeunes d'être vaccinés dans leur école. Je souris un peu quand on nous écrit que «Une priorité leur est ainsi accordée.» Cette vaccination prioritaire commencera le 17 novembre et se terminera pour certains ... le 3 décembre.

Honnêtement, on ne peut pas dire que le système de santé réagit très rapidement à cette «crise» pourtant prévisible et attendue. Il faudra plus d'un mois pour vacciner des jeunes en priorité. Et cela est encore plus enrageant quand on sait que, dans ma région, deux centres de vaccination de masse seront ouverts du lundi 9 novembre jusqu’au samedi 5 décembre. Heureusement que le virus n'a pas muté et ne s'est pas transformé en bébitte plus dangereuse.

Un des risques de cette lenteur, en plus du fait que certains jeunes ne soient pas vaccinés à temps, est que certains élèves, croyant à tort avoir eu le A-H1N1, ne se fassent plus vacciner et l'attrapent par la suite!

Ah oui: gros privilège relié à ma fonction: «Le personnel et la direction des écoles où se tiendront les cliniques de vaccination pourront être vaccinés en fin de journée seulement dans la disponibilité des vaccins restants.»

Je vous rappelle qu'à mon école, on nage toujours autour de 25% d'absents. Mes collègues - parfois à tort parfois à juste titre - prennent leur température et guettent les signes de la grippe.

03 novembre 2009

Journal de la Peste - jour 2: les simulateurs

C'est officiel: il y a 25% d'absents dans mon école. On retardera même la remise des notes au bulletin afin de permettre la reprise de certains travaux ou examens.

Ce qui est frustrant, c'est de voir certains élèves qui en profitent un peu pour se voter quelques jours de congé. On n'exige pas de papier médical pour justifier leur absence en classe ou à un examen. Les cliniques médicales et les urgences sont débordées. Ils toussent, se plaignent de douleur aux muscles, disent qu'ils font de la fièvre. On leur a expliqué tous les symptômes de la grippe: ils les connaissent bien. Leur dossier disciplinaire est sûrement plus épais que leur dossier médical, mais bon. On doit faire confiance.

On appelle alors les parents des jeunes et on les retourne à la maison pour une dizaine de journées. Espérons que l'école les obligera à rester à la maison. À la fois pour faire suer leurs parents et pour ne pas prendre de chance au cas où.

Personne n'évoque cependant la fermeture de l'école. Celle-ci doit être décidée par les autorités de santé publique et il n'est pas sûr qu'il soit plus efficace de laisser tous ces jeunes passer leur temps ensemble au centre d'achats ou dans les arcades. En fait, on fermera seulement si on manque de profs.

 
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